EzyAgric, basé à Kampala en Ouganda, incarne une vision ambitieuse : numériser la chaîne agricole pour autonomiser les petits exploitants, principalement les femmes. Depuis son lancement en 2015, la plateforme a déjà touché plus de 300 000 agriculteurs, avec une proportion remarquable : plus de 80 % d’utilisatrices féminines, renforçant l’inclusion financière rural et l’égalité dans le secteur agricole.
1. Le défi des agricultrices en zones rurales
La majorité des femmes ougandaises travaille dans l’agriculture, souvent sans accès aux intrants de qualité, aux conseils techniques ou aux marchés rémunérateurs. Les escroqueries liées aux intrants contrefaits, l’absence d’historique financier, et l’isolement géographique compliquent l’accès aux services agricoles de base.
2. Le modèle EzyAgric
La plateforme offre un service digital intégré :
– Information et extension agricole via mobile ou USSD : conseils techniques saisonniers, météo, et pratiques culturales adaptées.
– Accès à des intrants garantis à prix négociés, livrés en 1 à 2 jours via un réseau de plus de 300 boutiques partenaires, 600 agents communautaires et associations d’agriculteurs.
– Solution de crédit digital (buy-now-pay-later) permettant aux agriculteurs d’acheter aujourd’hui et de rembourser après la récolte.
– Lien avec les marchés d’achat, facilitant la vente des produits agricoles aux meilleurs prix.
EzyAgric joue également le rôle d’agent d’inclusion : des agents locaux formés (champions communautaires) enregistrent et accompagnent des groupes de fermiers, avec des commissions permettant un revenu complémentaire.
3. Une croissance remarquable
– Plus de 300 000 agriculteurs impactés depuis sa création.
– Revenus annuels passés de 100 000 USD à plus de 3 millions USD en quelques années.
– Créer plus de 12 500 emplois directs et indirects en Ouganda, notamment pour les jeunes femmes rurales.
– Objectif à court terme : atteindre 1 million de fermiers, 5 000 commerçants agricoles rentables, 55 000 emplois créés et 20 millions USD de revenus bruts annuels.
4. Impacts concrets sur les exploitations
Des fermières témoignent de rendements multipliés par six grâce aux recommandations et intrants dispensés :
– Une productrice est passée de 1 à 7 sacs d’haricots/acre, et de 4 à 11 sacs de maïs.
– D’autres ont atteint des récoltes record : 18 sacs de maïs, 22 sacs de pomme de terre par acre.
Ces réussites renforcent la reconnaissance communautaire et encouragent d’autres agricultrices à adopter le modèle.
5. Les forces d’EzyAgric
– Solution mobile-first, adaptée aux smartphones comme aux téléphones simples via USSD.
– Mix agritech et fintech : conseils, intrants, paiement digital, assurance et marché.
– Approche inclusive genre : plus de 80 % des utilisateurs actifs sont des femmes.
– Modèle local et scalable : agents communautaires, partenariats logistiques, logistique interne.
6. Défis et perspectives à consolider
– Continuer l’extension hors Ouganda vers des pays comme le Kenya ou la Tanzanie.
– Maintenir l’accès inclusif pour les femmes rurales peu alphabétisées, via supports locaux, formations et médiation.
– Faire évoluer les modèles de crédit pour répondre à la saisonnalité agricole et au climat financier local.
– Concevoir une version multilingue et adaptée aux divers contextes culturels et agroécologiques de l’Afrique de l’Est.
7. Enseignements pour l’agriculture numérique africaine
EzyAgric prouve qu’un modèle agritech-fintech orienté mobile, centré sur les agricultrices et basé sur un réseau communautaire peut transformer l’agriculture rurale. En combinant accès aux intrants, extension agricole, marchés et financement digital, l’entreprise démontre que l’impact social et économique peut aller de pair avec la durabilité financière.